Car entre-temps Jérémie était revenu et avait repris sa cour assidue auprès de Loula. Selon le questionnaire infaillible, c’était pourtant lui l’homme idéal, et certainement pas Olivier ! D’où venait alors ce sentiment confus de faire le
mauvais choix ? Jérémie était toujours aussi prévenant « Ne conduis pas si vite,
il y a trop de piétons imprudents » « Ne conduis pas si lentement, il y a une file de voiture qui se forme derrière toi » « N’écoute pas cette radio, elle ne passe que du jazz »….. Mais finalement, était-ce de la prévenance ou du dirigisme ? Loula en eut le cœur net lorsqu’ils évoquèrent leur passé affectif. Jérémie lui expliqua que sa rupture sentimentale était due à un désaccord complet sur leur conception de la famille. Ce n’est pas que sa précédente fiancée ne voulait pas d’enfants, mais elle avait dans l’idée de continuer à travailler au lieu de rester à la maison pour s’en occuper ! Loula en avala son verre de vin blanc de travers. « Mais ta mère est bien enseignante ? » « Etait. Elle a su choisir entre une carrière ennuyeuse et le rôle sacrée de mère de famille. Elle s’est consacrée uniquement à sa famille, et nous en avons tous étaient très heureux ! ». Loula resta interloquée. Etait-il en train de lui demander d’abandonner son cabinet de psychologue pour devenir femme au foyer ?
« Absolument. Et je serai là pour pourvoir aux besoins matériels de toute notre petite famille. Tu n’auras à t’inquiéter de rien, je gagne assez pour deux et plus. »
Loula rentra chez elle fort perplexe et décida d’en parler à la tribu.
Sa grand-mère trouva magnifique qu’en ces temps modernes Jérémie s’engage à assurer entièrement les finances du ménage, sans obliger son épouse à « faire bouillir la marmite ».
Sa mère affirma que les diplômes étaient nécessaires à une femme pour acquérir un certain niveau intellectuel qui lui permettra de tenir son rang dans la meilleure des sociétés, dans laquelle Jérémie l’introduira sans nul doute, mais qu’il n’était pas pour autant nécessaire de les mettre en application.
Son père décréta qu’il n’avait rien contre le travail féminin, mais que celui-ci lui avait toujours semblé plus une contraint alimentaire pour les ménages qui ne pouvaient boucler leur budget sans cet apport, qu’une véritable libération de la femme, qui voyait sa journée de travail souvent doublée par les tâches domestiques, et que si
Jérémie pouvait permettre à sa fille de profiter de la vie sans s’éreinter au travail, il n’en serait que plus heureux pour elle. (C’était d’ailleurs la première fois qu’il s’exprimait aussi longuement et il en avait laissé sa pipe s’éteindre!).
Seule sa tante demeurait silencieuse.
Puis dit soudain à haute voix « Je ne suis pas d’accord avec vous »
Stupéfaites par cette trahison, sa mère et sa sœur en restèrent bouche bée. « J’aurais bien aimé exercer un métier qui m’aurait passionnée ; Toi, tu as cette chance. Alors, choisis en fonction de ton cœur et de tes aspirations profondes, n’écoute pas le chant des sirènes du confort et du porte-monnaie. Si tu as le bonheur d’avoir des enfants, oui, il te faudra jongler entre ton travail et ta vie familiale et oui, tu seras parfois fatiguée. Mais tu ne seras pas seule si tu choisis un mari qui saura vraiment partager avec toi tout ce qui concernera la maison et les enfants, parce qu’il voudra tout autant que toi concilier travail et famille, quitte à n’être pas aussi riche d’argent mais tellement plus riche d’amour. Et puis nous serons là, nous tous ici présent, pour vous aider».
Loula devait revoir Olivier, elle voulait lui demander quelle était sa conception du travail féminin. Et puis lui demander aussi franchement ce que représentait ses réponses au questionnaire !
lundi 12 janvier 2009
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire