En attendant, les rencontres devaient suivre leur cours, et c’était le tour de Jérémie, puisque Olivier avait passé le sien (Grand bien lui fasse !) de se faire connaître. Loula était très impatiente, et en avait même parlé à Pierre.
La relation qui s’était très naturellement, comme une évidence et sans ambiguïté
mis en place entre eux, une amitié fraternelle sincère et profonde, leur permettait toutes les confidences. Loula avait même abordé le sujet d’une homosexualité latente, devant l’enthousiasme que mettait Pierre à travailler sur son image, en se découvrant toutes les audaces de matières et de couleurs. Mais cela relevait plus
du stéréotype de l’imaginaire social, « la grande folle » que d’une conclusion formelle, rien moins que des fantasmes. Elle s’était d’ailleurs mis en tête de trouver pour son nouveau meilleur ami la partenaire idéale, et compulsait son fichier de patientes et son réseau d’amies, l’un étant souvent confondu avec l’autre,
à la recherche de son alter ego. Elle lui proposa d’organiser pour lui le même type de rencontre semi organisée que pour elle, mais à son grand étonnement il refusa.
Il allégua de sa timidité, de l’énergie prodigieuse qu’il lui fallait pour sortir de sa coquille, et de l’angoisse qu’il ressentait devant l’inconnu. Elle lui fit remarquer qu’il avait quand même bien accepté de la rencontrer, elle. Il objecta qu’il avait fait cela pour faire plaisir à son oncle, dont la seconde femme était la cousine du beau-frère de l’amie de la tante de Loula, bref une relation très proche qu’il ne voulait pas désobliger. Il ajouta de suite qu’il ne regrettait pas du tout ses trois nuits d’insomnie avant leur rendez-vous, qu’elle était la sœur dont il avait toujours rêvé sans le savoir, mais qu’il avait épuisé pour au moins un an son quota d’audace relationnelle !
Soit, se dit elle, n’insistons pas, et préparons nous pour la rencontre du siècle.
Car Loula était bien décidée à mettre tous les atouts dans son jeu pour séduire « son » Jérémie : 30 ans, plus de charme que de beauté sur la photo, une voix qui lui parut délicieusement velouté au téléphone quand ils fixèrent leur rendez-vous, un métier passionnant, architecte dans un cabinet spécialisé dans les grands monuments nationaux, des loisirs sportifs (cheval, escalade, ski, voile) et culturels (cinéma, théâtre, concert) qui lui plaisaient et qu’elle se voyait déjà partager avec lui.
Sa famille semblait normale (Un père architecte également, une mère enseignante, un frère médecin) et elle savait qu’une grande demeure familiale de campagne réunissait chaque été ceux qui voulaient s’y retrouver. Elle avait bien cru déceler chez son père, qui ne se mêlait guère pourtant des tractations, un léger ton de préférence pour ce candidat. (Le père de Jérémie était son partenaire d’échecs de longue date…) A se demander pourquoi les deux compères n’avaient pas mis plutôt leur progéniture en présence ! En fait, Jérémie s’était fiancé assez jeune, dès l’école d’architecture, avec une de ses collègues, et leur rupture lui avait brisé le cœur au point qu’il semblait avoir renoncé définitivement à toute relation suivie ( Pour dire pudiquement qu’il faisait la bringue et sautait sur toute femelle à sa portée). Puis le temps avait pansé sa blessure affective (qu’en termes élégants ces choses-là sont dites) et lui avait fait entrevoir l’avenir différemment. La suggestion paternelle de rencontrer la fille de son ami était arrivée au moment opportun.
mardi 30 décembre 2008
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