mardi 16 décembre 2008

Chapitre 12

La semaine suivante, Loula rencontra Florian. 35 ans, le cheveu impeccablement lissé,le nœud papillon rigoureusement parallèle au col cassé, la redingote tombant aussi droit qu’un fil à plomb, il lui ouvrit galamment la porte de la Bentley familiale
et l’emmena dans le restaurant le plus réputé de la ville. Tentures de velours rouge, nappe damassée, chandelier d’argent, verre de cristal et lourds couvert armoirés, maître d’hôtel obséquieux, menu gastronomique, vin capiteux, musique classique
en fond sonore semblèrent le décor idéal au jeune homme pour dérouler la longue lignée de ses ancêtres, qui remontait tout de même à la 1ère croisade. Il lui parla de ses terres où il s’adonnait à l’élevage de purs-sangs, qu’il présentait aux concours hippiques où il excellait. « Mère » vivait retirée dans ses appartements (aile droite
du château), inconsolable de son veuvage depuis que « Père » avait sombré en
mer à la barre de sa corvette. Il occupait, lui, l’aile droite, au-dessus des communs
où vivaient la cuisinière et sa fille. Le corps du bâtiment, orné d’un magnifique escalier de style renaissance, était ouvert au public « pour l’élévation du niveau culturel du peuple » et la reconnaissance de la grandeur familiale au travers de
la remarquable galerie des ancêtres, d’une chambre où Monsieur, frère du Roi
Louis XIV avait séjourné et de nombreuses remarquables pièces authentiques.
Le régisseur, qui demeurait dans le corps de ferme avec sa famille et les valets, supervisait le soin du vignoble et la production d’un cru classé.
Loula se disait que toutes les petites filles avaient un jour rêvé d’être princesse,
et que le marquisat siérait déjà bien à son teint pâle… Florian avoua qu’étant le dernier de la lignée, « Mère » condescendait à ce qu’il épousât une roturière qui puisse donner de solides et fiers rejetons à leur arbre généalogique. A ce sujet, si Loula, toute séduisante, intelligente, distinguée qu’elle fût, consentait à effectuer quelques examens médicaux en préambule à toute union reproductrice……
Loula se vit mal en pouliche, même titrée, et demanda à reprendre le carrosse
pour regagner son humble domicile. Elle n’était pas en colère, mais un peu
vexée et fit des confettis du questionnaire où le 7b* lui confirma que l’on pouvait
être aristocratique et rustre à la fois. Au suivant !

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