Quels furent donc les judicieux conseils prodigués à Loula en matière de choix
du mari idéal ? Et dans quelle mesure, d’ailleurs, la participation de Loula à l’élection d’un époux serait sollicitée ? Il ne vous a pas échappé que c’était la mère de Jane-Hélène qui lui avait « dégotté » un mari, de même que sa propre mère lui en avait trouvé un auparavant, de même que sa propre grand-mère en avait sélectionné un pour sa fille, et ainsi de suite en remontant l’arbre généalogique des Galanis.
Puisqu’il s’agissait de l’acte sacré de perpétuer la branche féminine de l’espèce, chacune s’en remettait aux critères de sélection familiaux. Un panel de prétendants était ensuite proposé à la jeune fille qui avait la liberté de la décision finale. C’était donc de ce dernier tour des élections que s’inquiétait Loula. Mais nous n’en sommes pas encore là, et revenons à notre tri sélectif primaire.
L’homme devait être d’un bon milieu social (petite ou moyenne bourgeoisie industrielle, famille d’artiste renommée, lignée notariale, médicale ou pharmaceutique) pour éviter les conflits politiques et les soucis financiers ;
de même religion, mais les non-pratiquants assidus étaient acceptés, et de même type européen, pour éviter les conflits socio-ethniques ; d’une formation solide, de niveau universitaire au minimum, pour éviter les conflits culturels.
Il était hautement souhaité qu’il soit fils unique, et si possible orphelin, pour éviter l’intrusion d’une autre ligne directrice dans la conduite des affaires familiales.
Il arrivait donc indéniablement que des célibataires tranquilles , « vieux garçons » patentés soient la cible des manœuvres séductrices de ces femelles de proie, ne puissent résister au chant des sirènes, trouvant finalement leur compte dans un dévouement total des femmes du foyer à leur bien-être matériel,(car épouser une Galanis impliquait d’accepter toutes les autres à domicile), la présence d’une belle femme à leur bras quand il fallait se montrer dans les cérémonies officielles locales, la décharge totale des soucis de gestion d’intendance, la paix totale pour s’adonner à leur hobby personnel, et la fierté de procréer un magnifique rejeton (femelle).
Mais attention, il fallait que le monsieur soit suffisamment bien de sa personne pour que la beauté et la santé physique de la lignée soit conservée et même améliorée !
Il ne s’agissait pas de se rabattre sur de chétifs avortons abandonnés sur le bas-côté de la route matrimoniale, mais plutôt de jeter son dévolu sur des célibataires qui n’avaient pas en fait cru nécessaire jusqu’à présent de s’abandonner aux joies du mariage, ce qu’il importerait donc aux marieuses de lui faire découvrir par de subtiles stratégies séductrices, jusqu’à adhésion complète au projet.
Stature suffisante, dents parfaites, aucune maladie congénitale ou tare génétique, peu importait en revanche la couleur des cheveux ou des yeux puisque de toute façon, l’enfant serait brun aux yeux bleus.
Et le caractère ? Si l’homme avait déjà supporté toutes les manœuvres d’approche, toutes les questions insidieuses, tous les examens suspicieux, toutes les enquêtes directes ou indirectes à son sujet, il était forcément de bonne composition et saurait se plier aux figures imposées des us et coutumes du matriarcat.
Mais la décision finale appartenait tout de même à la principale intéressée, et c'est donc sur ce point capital que Loula désirait quelques lumières.
On lui suggéra donc d’élaborer un questionnaire qui permettrait de cerner au mieux la personnalité du prétendant dans ses petites lignes, les grandes ayant déjà été posées au préalable par la sélection familiale.
De formation scientifique, ne l'oublions pas, Loula dévalisa le kiosque de son quartier de tous les magazines féminins, masculins et gays, pour se constituer un corpus de tests "psychologiques"
Elle établit des parallèles et des croisements, releva des incontournables et des inutiles, découvrit des insoupçonnables et des évidences. Elle utilisa des tableaux et des graphiques, des couleurs et des formes géométriques, batailla de longues heures avec toutes ces données et créa ce qui devait être LE questionnaire imparable pour choisir son futur mari.
vendredi 7 novembre 2008
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