dimanche 2 novembre 2008

Chapitre 7

Une des premières grandes décisions de Loula dans la voie de la rédemption fut
de se faire opérer de sa myopie. Elle prit donc un (pseudo) rendez-vous dans une clinique ophtalmique réputée, avec la complicité d’une copine secrétaire, en insistant sur le fait que le chirurgien interdisait toute accompagnement et toute visite pour éviter l’agitation « ma pauvre chérie, tu vas rester dans le noir toute seule ! » et passa une journée chez sa copine, à manger du chocolat et à boire du gin orange, version twenty de la soirée pyjama. Le soir, elle rentra au domicile familial l’estomac assez barbouillé pour prétexter l’anesthésie et les yeux assez vagues pour se plaindre d’une migraine et réclamer calme et silence. Elle ressortit le lendemain matin de sa chambre sans aucun besoin de lunettes (et pour cause) et chanta haut et fort les louanges du chirurgien. Celui-ci y gagna une opération de la cataracte pour la grand-mère, mais ne comprit jamais pourquoi elle n’arrêtait pas de le remercier pour avoir changer la vision des choses de sa petite-fille. Comme il était charmant et fort courtois, il se contenta d’un peu compromettant « C’est mon métier, madame » tout en se demandant si cette brave dame n’avait pas aussi besoin de consulter son collègue gérontologue.
La seconde décision de Loula fut de consulter un copain psychologue. Elle ui expliqua son soudain revirement face à la tradition familiale, lui confirma qu’elle n’était sous l’emprise d’aucune substance illicite, l’addiction au chocolat n’étant pas encore une cause d’arrestation,
et qu’elle était fermement décidé à convoler en justes noces, mais qu’elle aimerait bien avoir quelques trucs pour faire le bon choix parmi les prétendants que les femelles du clan ne manqueraient pas de lui trouver.
Ce collègue, au demeurant charmant, si ce n’était sa petite taille et sa calvitie précoce, crut judicieux de saisir l’occasion pour présenter sa candidature comme idéale, mais Loula ne put s’empêcher de rire, en lui expliquant qu’elle le considérait comme un frère depuis trop longtemps qu’ils se connaissaient, et qu’elle n’allait pas doubler un mariage de raison avec un inceste déraisonnable. Il en convint en riant (jaune) avec elle, et ne remit plus jamais la question sur le tapis (vert).
Sachez d’ailleurs qu’il rencontra une grande femme blonde, aux rondeurs pectorales inversement proportionnelles à ses circonvolutions cervicales, avec laquelle il put s’adonner sans aucun complexe à toutes les fantaisies sexuelles imaginables, ce qui ne provoquait chez elle qu’une adorable exclamation d’adoration unilatérale et invariable « Oh, toi, mon doudou alors ! ». Quand je vous dit que je trouve reposant le genre, je ne suis pas le seul ! Enfin, dans le fond, sinon dans la forme, puisque lui épousa, par manque de goût pour le changement et par besoin sécuritaire et hygiénique de la monogamie, une séquelle de tocs certainement.
Si j’ajoute que « Doudou » était la petite appellation affective dont le gratifiait encore
sa maman, vous en déduirez comme moi que cet homme aurait eu tort de se refuser la quintessence du fantasme oedipien accompli.

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