mercredi 19 novembre 2008

Chapitre 10

Chapitre 10

Et le questionnaire de Loula s’étendait donc ainsi dans des ramifications
aussi complexes que son cerveau créatif. Je vous fais grâce de la suite.
Je suis toujours étonné de voir des personnes s’adonner aux plaisirs
des tests psychologiques, que ce soit ceux des magazines papier ou
sur internet. J’ai constaté que les femmes étaient en général très friandes
de ce type de questionnaires. Quant à moi, je ne vois aucun intérêt à
connaître ma couleur intérieure, l’âge de mon totem ou le sexe de mes
principes ! Et, en parlant de sexe, je me ris de toutes les analyses
moi-toi-nous pour l’harmonie et l’épanouissement du couple. C’est bien
un truc de « bonne femme » de se regarder le nombril ou la foufoune
pour savoir si ça fonctionne bien et si ça pourrait mieux fonctionner !
« Bien dans mon slip, bien dans ma tête », voilà la devise d’un homme viril.
Oui, c’est égoïste, oui, c’est réducteur, mais qu’est-ce que c’est bon !
On ( quand je dis « on », je veux dire « elles »)ne peut pas nous demander
d’un côté d’être un tigre dans la jungle sociale et de ramener le meilleur job,
le meilleur salaire, le meilleur statut, et de l’autre d’être émotif, sensible,
et délicat. J’ai choisi et j’assume d’être un macho man.
De toute façon, comme ce n’est pas moi, heureusement, qui suis soumis
aux arcanes prédictives de Loula, je peux continuer le récit.
Après avoir donc mis au point sa propre stratégie sélective, Loula
annonça aux marieuses qu’elle était prête à rencontrer ceux qu’elles
auraient préalablement choisis comme maris potentiels.
Il va sans dire que celles-ci n’avaient pas attendu son feu vert pour
se mettre en chasse, et une liste de prétendants avait déjà été dressée,
avec l’aide de tout le réseau familial, social et amical.
De longues discussions avaient ensuite donné lieu à un tri sévère
« Ah non, quand même pas un entrepreneur de pompes funèbres ! »
« Moi vivante, un huissier ne passera pas cette porte ! »
« Une coquetterie, passe encore, mais un strabisme aussi prononcé,
juge d’instruction ou pas, c’est irrecevable ! »
Loula laissait agir les spécialistes, elle avait fort à faire à son cabinet
où une nouvelle patiente avait réalisé que son style gothique était
certainement la source de ses idées noires et comptait sur une
psychothérapie pour lui transformer extérieur et intérieur, tout en lui
conservant son côté original et sa personnalité hors norme.
Loula travaillait donc au passage du gothique au baroque
et ce défi à relever occupait déjà bien assez ses journées.
Toutefois, il arriva un jour où la sélection fut définitivement arrêtée.
Coïncidence d’heureux auspices, ce fut aussi le jour
de la première sortie de sa patiente en falbalas fort colorés de costume
d’opéra. Loula fut ravie de ce succès thérapeutique, et se sentit alors
tout à fait disponible pour examiner d’un œil ouvert et optimiste les
identités des hommes parmi lesquels se trouvait le futur élu.

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