Chose promise, chose due, je vais vous parler de la mère de Loula.
Je dois d’abord vous donner quelques précisions sur les usages de ce matriarcat
et le problème du nom de famille à l’état-civil..
La famille grecque des Galanis est celle des femmes, vous l’aviez compris.
Il n’existait pas encore à l’époque la possibilité de donner à l’enfant soit le nom du père,
soit celui de la mère. Il fallait donc privilégier la pérennité du nom.
Il était donc d’usage qu’une fille se sacrifie au mariage, à condition d’arborer les deux noms sur sa carte de visite; Ainsi la grand-mère de Loula se présentait toujours comme Kate-Irène Parapos née Galanis, et sa fille comme Jane-Hélène Martinot-Galanis.
La sœur de Kate-Irène avait pu rester célibataire et pouvait donc se prévaloir d’un
Emmy- Philomène Galanis sans tache.
Deux filles étaient nées de l’union Parapos-Galanis : l’aînée, Lauryn-Alexane aurait logiquement du être celle qui engendrerait la descendance. Mais une impossibilité physiologique ne lui permit pas d’être mère. Elle avait bien épousé un procréateur mais aucune grossesse ne put arriver à son terme. On découvrit des années plus tard, alors qu’un énorme kyste utérin nécessitait une opération d’urgence, qu’un « jumeau » non- développé avait laissé dans son ventre un agglomérat de dents et cheveux ! Il fut bien entendu que seul un mâle aurait pu décider de ne pas naître dans une famille où il n’aurait pas été le bienvenu, tout en pourrissant l
a vie d’une femme… Lauryn- Alexane n’eut pas à quitter son mari, qui eut la courtoisie de décéder discrètement, pendant son sommeil, et lui permit ainsi de se présenter comme Galanis, veuve Dorneau.
Il incomba alors à Jane-Hélène de remplir la mission familiale.
Cela n’arrangeait pas du tout ses affaires, car elle avait depuis longtemps le désir d’entrer dans les ordres pour pouvoir en donner. Elle avait été fascinée très tôt par la formidable puissance de l’Eglise catholique (les Galanis n’était pas d’obédience copte mais catholiques romains), et si les femmes ne pouvaient encore dire la messe et administrer les sacrements, il restait quand même la possibilité à une femme intelligente et ambitieuse de faire carrière. Elle avait donc entrepris des études de théologie en ce sens. Hélas, le devoir familial brisa à jamais ses rêves de gloire religieuse.
Elle épousa donc le mari que sa mère lui avait dégotté, et accomplit le devoir conjugal.
( Elle trouva d’ailleurs, à sa grande surprise et à sa plus grande honte, du plaisir à cela).
Etant au mieux avec les instances divines, elle avait pris la précaution d’accomplir force pélerinages et dit mult prières pour qu’une fille lui soit donnée du premier coup, si je puis m’exprimer ainsi, car il était hors de question pour elle de tenter plus d’une fois la chance !
Et c’est ainsi que Mary-Sophie Dalbert-Galanis, notre future Loula, vint au monde.
Mais les sentiments maternels de Jane-Hélène à l’égard de sa fille furent de ce jour très ambigus : un mélange complexe d’amour et de rejet. Vous comprenez que cette enfant incarnait à la fois les rêves déçus de sa mère et l’accomplissement du devoir, la fin d’une ambition et le respect d’une tradition sacrée, la joie d’avoir une fille qui pourra à son tour suivre la tradition familiale mais devra aussi sacrifier sa vie personnelle. Sans compter que cette petite était l'incarnation vivante du péché de chair, qui n'en est pas un dans les liens sacrés du mariage, à condition de ne pas l'accompagner d'une jouissance féminine pernicieuse et diabolique.
La tradition biblique faisait porter le poids du péché originel sur les rondes épaules tentatrices de la femme, et l'Eglise lui réservait depuis les seules douleurs de l'enfantement sans lui autoriser le plaisir qui devait normalement précéder celles-ci de neuf mois.
Croyez-moi, je n’avance pas ces dires sans preuves. J’ai eu l’occasion de me documenter
sur les préceptes religieux en matière de sexe et j’ai pu consulter un manuel d’éducation morale
et sexuelle, en usage auprès des parents catholiques modernistes qui ne refusaient pas de parler de « la chose ». Et bien, à la description physique des organes, il manquait le clitoris qui était rayé purement et simplement de la carte géographique féminine. Logique, ce n’est pas un organe reproducteur, me rétorquerait un jésuite retors. Et il n’aurait pas tort. Tout de même!
Bref, cet amour inconditionnel et ce manque total de tendresse se traduisit pour Loula, dès sa petite enfance par le chaud-froid, la douche écossaise, le sauna finlandais dans les paroles et dans les gestes. la chaleur des autres femelles compensa largement cela et elle apprit très vite à louvoyer entre les écueils maternels ; son père lui apporta également une sorte de tendresse bourrue, mais il englobait sa fille dans le gynécée qui menait la maison et s’en méfiait donc un peu.
Aussi l’annonce de la volonté de Loula d’épouser enfin un homme et la tradition familiale replongea sa mère dans des affres de doute quand à sa propre vie.
Heureusement pour l’église paroissiale, qui la vit s’investir encore d’avantage dans la communauté et put exploiter sans vergogne sa bonne volonté participative, ce qui allait du catéchisme à la préparation des kermesses, du club biblique à l’animation des messes, des ventes de charité aux repas communautaires, en lui faisant miroiter comme récompense suprême… le diaconat !
mercredi 29 octobre 2008
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